Je crise climatique


Lecture / mardi, janvier 22nd, 2019

Racontée à la première personne par Jade Lindgaard, journaliste de profession, Je crise Climatique est le récit d’une enquête sur l’impact environnemental de nos comportements quotidiens. Les trajets en voitures, voyages en avion et recherches internet contribuent chaque jour à la crise du réchauffement climatique  : mais que pèse la planète face à nos tracas quotidiens  ?

C’est autour de cette question que l’oeuvre se construit, sans nous faire culpabiliser mais en nous informant très concrètement et sans détours sur les conséquences de nos déplacements ou de notre consommation. Car oui, les alternatives écologiques sont difficilement accessibles, trop coûteuses, pas suffisamment connues, mais cela ne doit pas suffire à occulter le fait que nos actes de tous les jours polluent, et ils polluent énormément.

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Tout commence avec une chaudière à changer et sa remplaçante se devra d’être la plus respectueuse possible de l’environnement. C’est le début d’une enquête qui va mener l’auteur de prise de conscience en prise de conscience sur son impact environnemental, à commencer par sa consommation d’énergie :

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Le gaz naturel commercialisé par GDF est principalement composé de méthane (Gaz à effet de serre 24 fois plus réchauffant que le CO2). Ce méthane contribue à hauteur de 30% environ au réchauffement global, d’après le GIEC en 2007 ;

Cette énergie fossile, non renouvelable, pollue lors de son extraction et de son acheminement : « il fuit des plateformes extractives et des conduits qui l’acheminent et se perd en partie dans l’atmosphère », mais aussi lors de sa combustion.

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La pollution du chauffage n’est pas anodine : l’empreinte carbone des logements « représente environ 1,9 tonne de C02 / personne / an en France, selon les calculs du ministère de l’Ecologie (en 2007) ».
Et pourtant, qui a conscience des conséquences du chauffage de nos foyers sur notre planète ? « Pour la plupart des gens, l’énergie au quotidien n’est qu’un problème à résoudre, comme la plomberie. Ils n’en perçoivent pas du tout la dimensions globale, politique », répond un expert. Le chauffage est un simple tracas de la vie quotidienne.
Pour citer directement l’ouvrage « La question énergétique et ses impacts environnementaux sont évacués de notre quotidien par un système redoutablement efficace de délégation des responsabilités (aux industriels, aux collectivités territoriales, aux artisans), d’efficacité routinière (on ne se soucis de son chauffage que lorsqu’il tombe en panne) et d’absence d’informations digestes pour les profanes ».

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Aujourd’hui la voiture n’est plus seulement un simple moyen de transport, elle est devenu un objet qu’on aime pour lui-même, un objet d’identification social et personnel.

Malgré le crash de l’industrie automobile auquel nous avons assisté ces dernières décennies : épuisement de la demande, hausse du prix du carburant, différence générationnelle (entre 1998 et 2008, le nombre de jeunes passant le permis a chuté de 28%),

En France en 2013, 85% des déplacements se font en voiture.
Seuls 19% des ménages n’en possèdent pas.

L’industrie automobile a donc tout a gagner de « se mettre au vert ».
Interviewé par l’auteur, un porte parole de BMW explique :
« On ne se définit plus comme un constructeur d’autos et de motos mais comme un prestataire de services de mobilité premium ».
J. Lindgaard : « l’idée de transition vers un nouveau système énergétique plus sobre, moins polluant, ne vous inquiète pas un peu, quand même ? »
BMW « On se sent concernés, pas menacés (…) L’idée de l’usager propriétaire de sa voiture à Paris intra-muros à long terme, ce sera marginal. Nous sommes une industrie lourde, on se projette pour longtemps. Le développement durable, c’est notre stratégie numéro 1 ».

« C’est le nouvel esprit du capitalisme » : n’achetez plus nos objets mais nos services.

Les normes de l’UE en terme d’émission de gaz carbonique sont de plus en plus contraignantes, et les faits sont là : les émissions émises par les voitures ont considérablement baissées ces dernières années.
« Les voitures neuves vendues en France émettaient 141g de CO2/km en 2008, selon l’Ademe. L’Europe fixe une moyenne maximum de 95g en 2020 ».
Ce qu’il faut savoir, c’est que ces données sont établies par les constructeurs automobiles eux-mêmes. Et que les véhicules sont testés et contrôlés par des organismes de certificationspayés par cette même industrie

La voiture, en plus d’être un investissement initial, est également un ensemble de coûts plus ou moins visibles pour le propriétaire, en terme d’entretien, de carburant, d’assurance, de stationnement, mais c’est également un coût externe pour le reste des usagers : accidents, pollution sonore, pollution de l’air, dommages aux sols et forêts…

Les voitures ne disparaitront cependant jamais, mais si ce n’était pas les voitures qu’il fallait changer, mais s’il fallait simplement repenser notre manière de se déplacer ?
« L’usage de la voiture s’est tellement répandu que ne pas en avoir devient un signe fort de distinction, subi ou choisi : par manque d’argent ou par conviction écologique… »

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Comment faire prendre conscience sans faire culpabiliser ? Interrogation soulevée pour convaincre une maman qui prend l’avion sans retenue.
« Comment inciter à la réduction définitive et durable de sa contribution à l’effet de serre, quand des millions d’autres personnes empruntent le même périph célest. En clair, que lui répondre la prochaine fois qu’elle me fera remarquer que l’avion décollera de toutes les façons, même sans elle à bord ? »

Que pèse le dérèglement climatique face à une vie humaine ? Quand les difficultés de la vie quotidienne deviennent trop importantes, plus de scrupule a aller s’habiller dans les enseignes de fast-fashion, malgré les désastres écologiques connus de tous par ce mode de consommation.
Quand on a travaillé toute l’année pour se payer le voyage tant rêvé, pense-t-on vraiment aux conséquences de notre seul déplacement ? A savoir que cette opportunité de voyage n’est pas accessible à tous : 50% des déplacements en avion sont le fait des 20% les plus riches.
La carte mondiale du carbone épouse les inégalités de richesse.

Si vous pensez que la solution réside dans le transport maritime, attention aux mauvaises surprises : pour traverser la Méditerranée, en plus du temps de croisière de 22h, le trajet émet 3 fois plus de CO2 que le trajet en avion (environ 450kg/CO2 contre 140kg/CO2 en avion).
La cause ? Le carburant utilisé par ce type de transport : le fioul lourd, responsable des marées noires, qui pollue plus que le gasoil.

« On peut croire accomplir un geste vertueux pour l’environnement et s’étaler, lamentablement ».

Le voyage propre et rapide sur de longues distance ne semble aujourd’hui pas permis, faute d’alternative crédible.

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Qui dit Internet dit data-centers. Les data-centers, ce sont ces grands entrepôts qui hébergent les serveurs, qui hébergent nos données.
En 2015, selon l’auteur, 1/4 de la puissance électrique du Grand Paris est alloué aux data-centers du 93 : « Peut-on sérieusement viser une transition énergétique vers un régime plus sobre et ne pas se préoccuper de la floraison de serveurs dans la périphérie de la capitale ? Qui a envie de vivre dans un tel quartier ? Les inégalités territoriales se reproduisent, car en plus du paysage défiguré les habitants de ces quartiers subiront le coût en terme de pollution ».

Pour alimenter le numérique, l’électrification du monde s’intensifie, ainsi, « pris dans leur ensemble les seuls usages d’internet consomment autant d’électricité que toutes les dépenses d’éclairage en 1985. C’est plus que l’énergie brûlée par le trafic aérien. Nous dépensons plus d’énergie pour transporter des données électroniques que pour nous déplacer nous-même ».
Affolant, non ? Et ce n’est pas tout, car il n’y a pas que l’énergie pour faire fonctionner Internet, il y a également « la surconsommation d’eau, de terres rares, les problèmes sanitaires… ».

Une requête sur internet contribue non seulement au dérèglement climatique mais aussi à la déplétion de la couche d’o-zone, à l’oxydation photochimique, à l’acidification terrestre, à l’eutrophisation en eau douce et marine, à l’épuisement des métaux et des ressources fossiles, à l’écotoxicité des milieux

Si on avait deviné ça en commençant notre site internet…

« Chaque collaborateur d’une entreprise de 100 personnes reçoit en moyenne 58 courriels par jour et en envoie 33. Sur une année (sur la base de 220 jours de travail), cela représente 13,5 tonnes de CO2 envoyés dans l’atmosphère, soit l’équivalent de plus de 13 allers-retours Paris-New-York. Plus le message est lourd, plus il a de destinataires, plus on les stocke dans sa boite, plus on émet du dioxyde de carbone » ;

« Lire un document à l’écran contribue plus au dérèglement climatique qu’en l’imprimant si vous passez trop de temps sur chaque page. Vous ne devez pas consacrer plus de deux à trois minutes à chaque page si vous devez en parcourir 200 ».

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C’est très déstabilisant car nous ne voyons pas directement les conséquences de nos actions, plus encore qu’avec la voiture. Pourtant, l’impact d’internet est tout aussi réel que celui du carburant.

Bien qu’internet et les réseaux sociaux soient de formidables supports accélérateurs d’écologie (pour surveiller ses consommations d’énergie en temps réel, trouver les AMAPS et magasins en vrac près de chez soi…),. L’obsolescence programmée de ces appareils technologiques addictifs et la pollution qu’ils émettent exercent une pression insupportable sur les ressources de notre milieu naturel.

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L’hypermarché a transformé l’urbain en créant de vastes zones commerciales dans lesquelles la voiture est reine. Ce type d’urbanisation est polluant, consommateur d’espace et source de pollution sonore et visuelle. Le transport des produits acheminés, leur condition de production, les déchets qu’ils génèrent, ont impact important sur l’environnement.
En 1970, en France, environ 13% des produits alimentaires étaient vendus en hyper/super marchés. En 2005, ce chiffre est passé à 67%. Avec 1400 magasins en métropole, la France est un des pays qui possède le plus de grandes surfaces par habitant.

Mais doit-on jeter la pierre aux consommateurs ?
Car il faut dire que notre environnement nous pousse sans cesse à adhérer aux concepts de la consommation de masse ; les techniques de marketing des grandes surfaces sont largement inspirées de la psychologie des foules :
« Plus je vois les autres remplir leur caddie, plus j’accumule de provision dans le mien. Si nous sommes si nombreux à commettre ensemble ces gestes, quel mal peut-il donc y avoir ? ».
Les ruses sont nombreuses et la logique se brouille, « pensée magique de mathématique inversée qui nous fait croire qu’en dépensant de l’argent, on en économise parce que ça aurait pu nous coûter plus ».

Petit focus sur le tri sélectif, 20 après sa mise en place « le tri du plastique reste technique et défectueux. Le Sytcom de l’agglomération parisienne, le plus gros syndicat de traitement des déchets en France, refuse près d’un tiers des déchets triés. En cause : erreurs de tri, déchets trop petits (…), et surtout, le plastique. Il en existe 6 sortes mais 2 seulement sont recyclés dans les consignes de tri « normales » en France. Le résultat de ces erreurs de tri : plus de transports, plus de pollution et un surcoût de taxe d’ordure ménagère ». Ce sont les industriels qui sur-emballent toujours plus les produits, mais les consommateurs qui paient une partie du coût de la gestion : lors de l’achat et lors du paiement de la taxe d’ordure ménagère.

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Les « anti-green », il y en a. Les « je ne trie pas », les « je m’en foutiste » et autres « tu sauveras pas la planète avec ta brosse à dents en bambou » se comptent par milliers. Leurs réticences à l’écologie ? « Le produit de normes productivistes, de valeurs consuméristes, d’intérêts industriels bien servis et de diverses sources d’aliénation (…) mais aussi de blocages émotionnels et de noeuds affectifs, au fond de soi ». Tout un programme sur lequel le monde scientifique et universitaire se penche sérieusement.

Ce que j’ai retenu des nombreuses théories et concepts cités ?

« C’est une découverte importante : il ne suffit pas de mieux informer les consommateurs pour leur faire adopter des comportements plus écologiques. De véritables barrières cognitives et émotionnelles se dressent entre la volonté et la réalisation des bonnes actions environnementales »

« La hantise de la catastrophe climatique, à elle seule, ne transformera pas les sociétés si les gens craignent par ailleurs de perdre leur boulot et d’attraper un cancer. La peur est simplificatrice. Elle paralyse l’analyse et limite l’action »

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Cependant, si l’on peut compter sur une chose, c’est sur l’effet de contagion. L’écologie est à la mode et l’effet de mimétisme va permettre la multiplication des comportements éco-responsables. Acheter des cotons lavables, en vrac, réparer au lieu de jeter… autant de gestes qui se répandent trouvent leur origine dans cette vague green et ce n’est pas une mauvaise nouvelle !

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 » Les détenteurs de petits et moyens revenus veulent du pouvoir d’achat. Peu importe la manipulation de ses désirs, la fabrication de ses besoins, l’artificialité de l’usure programmée des biens qu’il acquiert, l’homogénéisation des modes de vie, l’affadissement des cultures, le bonheur procède du « toujours plus », de l’accumulation infinie des « choses 
».

La question de la propriété matérielle se pose : « Ai-je vraiment besoin de tout ça ? », « Avons-nous vraiment besoin de tout ça, de la voiture, des voyages, des biens de consommation… ? »
Question difficile car comment définir ce dont nous avons réellement besoin ?
Qui, vraiment, peut prétendre savoir de quoi les êtres humains ont réellement besoin pour vivre décemment ?
« Nous sommes tous les produits de notre société. Aucun d’entre nous ne peut honnêtement prétendre y voir clair là où tous les autres se fourvoient. Par ailleurs, on observe que les besoins se développent historiquement et ne se formulent pas partout de la même manière. Ils sont le reflet de contextes sociaux et culturels précis ».

La seule philosophie que l’on pourrait, finalement, accepter sans la remettre en cause serait celle qui soutient que l’on ne doit pas « trouver acceptable de satisfaire des besoins qui empêchent la satisfaction de ceux des autres ». Dans cette histoire, on oublie souvent une chose : respecter le pluralisme des formes de vie.

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Nous ne sommes pas tous égaux face à la crise climatique, certains en souffriront davantage, comme les pays en développement ou les populations précaires.
« C’est le fil conducteur des chapitres précédent : nous, peuples des pays industrialisés, sommes collectivement, par nos pensées, par nos affects, dans notre subjectivité la plus profonde, le coeur même de ce système de pollution ».
Pourtant des alternatives émergent par-ci, par-là, se faisant l’écho d’une révolution lente mais certaine. Ces styles de vie écolo ne sont pas homogènes, ils se composent d’une « multiplicité de combinaisons personnelles, de pratiques considérées comme relevant de la vertitude ». Ils nous permettent de façonner notre mode de vie à l’image de nos valeurs et de reprendre de la force de décision sur notre quotidien.
« Les normes sociales évoluent : plus les citoyens adapteront leur gestes routiniers à leur souci de leur environnement, plus ils seront susceptibles d’exiger des comptes de leurs dirigeants ». Là est peut-être le vrai changement, il n’y a pas de petits gestes quand on est 7 millions à les faire.

Un livre qui regorge d’informations très documentées
Un livre qui nous informe sans nous culpabiliser mais sans rien cacher de notre impact
Un livre que je recommande pour les personnes qui souhaitent connaitre certains des rouages psychologiques et sociologiques qui sous-tendent notre société

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